En 2020, la France comptait 496 000 exploitants agricoles selon le recensement agricole (RA) pour 2,5 millions en 1950. ©Richard Bell

Les paysans jouent un rôle essentiel dans notre pays en assurant la production alimentaire, préservant les terres agricoles et contribuant à la vitalité des zones rurales françaises.

 

Depuis des décennies, on laisse la ruralité se vider, les agriculteurs se suicider, se pendre, se faire cracher dessus, se faire exploiter, se faire taxer, injurier, se faire piller, saisir, se faire criminaliser par tous les donneurs de leçons possibles et hystériques, se faire imposer des exigences absurdes, des empilements législatifs, des folies franco-bruxelloises, de dramatiques caprices de Strasbourg. Depuis au bas mot quarante ans, on fait tout pour empêcher une vie agricole décente et des retraites honnêtes et valables. Les partis politiciens en jouent, les syndicats en profitent, toutes les lâchetés s’unissent contre le monde rural, sa longue histoire, son rôle constant dans l’unité française.

 

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De cette sottise voulue, de cette criminelle forme de rejet (sans compter les délirantes phases de mépris crié par de faux écologistes et de véritables furies, dont madame Sandrine Rousseau n’est que l’un des lamentables exemples), de ces condamnations constamment entretenues, de cette conjugaison de fausse et sordide volonté politicienne, économique, financière et législative permanente, de cette  »conjuration de projectiles » qui n’aura cessé partout en France (via les autorités françaises et celles de l’institution européenne si malade et si inepte) de viser le monde paysan comme est visé le monde de la mer et de la pêche, de tout cela devait fatalement naître le drame sanglant d’hier, 23 janvier. Pour quel bilan ?

Pour provoquer des morts et constater une profonde, inconcevable inertie gouvernementale et étatique. Une immobilité, moins méprisante enfin peut-être mais franchement pétrifiée, une immobilité de trop. Depuis des décennies, on laissait les paysans se pendre, je le répète. Aujourd’hui, un drame accidentel ajoute des morts et des blessés. Ce drame, pour accidentel qu’il soit, est de ceux qui devraient faire grande honte à nos gouvernants, à ceux qui prétendent gouverner et décider. Et qui, encore trop loin de la réalité durcie et subie par le pays, refusent de comprendre et d’agir.

Mais, au-delà de l’institution politicienne ou politique, je dois ajouter ceci: le réveil médiatique qu’impose ce drame cache aussi bien des silences, bien des mépris, bien des hontes qui devraient apparaître pour ce que l’ensemble en question a toujours été: une complicité méprisante du monde de l’information de haute portée écrite ou d’ondes fortes et du milieu politique et public envers la réalité paysanne et agricole de la France. Le silence journalistique majeur sur ce drame des paysans de longue durée (drame que mesurent les historiens, les géographes, les démographes depuis des décennies avec une constance que les puissances médiatiques et politiques entendaient bien ignorer encore longtemps).

 

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On peut alerter de billet en billet, d’article en article quant au sort vibrant, poignant et déchiré du monde rural français, cela fut fait par certains, mais disons-le: avec quel résultat, pour quelle écoute? Tout cela est tombé dans une forme de néant poli. Voilà tout.

Aux larmes d’hier, au sang versé, à l’accident amer, aux mortes et aux blessés, aux pendus oubliés, au suicidés abandonnés, aux familles rurales ruinées, volées, laissées sans retraite convenable après une vie de labeur bien vrai, aux paysans ne pouvant transmettre leurs biens et leurs exploitations pour les faire vivre et durer en dignité, je pense aujourd’hui avec ce regret immense qui est peut-être d’être une plume inutile.

Connaissant ce monde et son sens de l’effort, du travail, de l’honnêteté et son résultat de chagrins intenses, aggravés et alourdis au quotidien, soit par l’injure et le faux discours de prétendus écologistes, de maniaques urbains, soit par le maintien d’un total silence public, je me sens bien ému, non pas en vain quant à moi (intérieurement et au moral), mais en sentant que pour beaucoup de Français et de Françaises, le fait rural et agricole si profond, si raciné (comme disait Péguy), si sillonné de vérité et de foi forte, ne signifie plus rien de réel, de fort, de net et de profond.

Une nation et un peuple sont animés et portés par la terre qui est leur. Un pays comme la France ne saurait être une figure géométriquement et férocement vague: un hexagone ridicule. La vie paysanne et rurale, la vie agricole en somme, cela a un sens. Une réalité, une identité, une longue durée, un sens de l’espace et du temps. Une vérité géographique et humaine. La « start-up nation », elle n’a pas le moindre sens, pas le moindre ancrage, pas une once de vérité. Et cet amateurisme politicien en continu, soigné par le « et en même temps » et la longue parole imposée certains soirs sur sept chaînes mobilisées, signe d’une présidence logorrhéique mais inefficace, c’est d’un décalage atroce.

 

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Cette « start-up nation » ruineuse, sinon en illusions permanentes, et ignorante des profondeurs et des drames d’un peuple, voilà qui n’est plus honnêtement possible à supporter. Des actes, des actes et enfin: une vraie politique de défense agricole et populaire ! Notre pays et ses responsables devraient non pas se sentir immobiles, incapables, mais saisis par une seule réalité: celle d’un deuil national. Une seule exactitude doit nous animer, nous soucier : pas de pays sans paysans.

 


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