Le vice-président américain Joe Biden lors d'un rassemblement en 2019 dans l'Iowa. ©Gage Skidmore / Flickr

Depuis 2014, et en dépit des avertissements de la Russie et d’autres pays sur le risque de conflit, les Européens ont mal analysé la situation.

 

Poursuivant le barrage otanien de la Russie, les États-Unis ont suscité la demande d’adhésion de l’Ukraine. Il est évident que la Russie ne pouvait admettre l’incorporation de ce pays dans l’OTAN. Le gouvernement de Moscou aurait non seulement été totalement cerné par une organisation qui lui est hostile, avis partagé par les Russes du Donbass qui souhaitent conserver leur relation privilégiée avec la Russie. Le gouvernement de Kiev était d’ailleurs sur le point de lancer une offensive pour les soumettre et, en février, avait massé ses troupes face à ce territoire. Il y avait donc urgence pour Moscou d’agir. Washington souhaitait cette « opération militaire spéciale ». Elle allait permettre à la fois de prouver la dangerosité de la Russie, de consolider le lien de subordination des Européens et affaiblir économiquement la Russie puis l’Europe au profit des États-Unis. 

 

L’objectif russe

Au bilan provisoire, l’armée russe ne permettant pas l’occupation de l’ensemble du terrain adverse, s’est trouvée confrontée à la difficulté de faire plier immédiatement le gouvernement ukrainien soutenu par ses alliés. Compte tenu de ses effectifs limités, ses chefs n’avaient aucunement l’intention d’occuper la totalité du territoire ukrainien mais bien de provoquer une remise à plat de la politique de l’Ukraine en isolant les principaux centres urbains, dont Kiev, capitale historique des deux pays, et en détruisant les sites stratégiques. Méconnaissant l’âme slave, les « Occidentaux », ne pouvant pas intervenir militairement au risque d’un conflit majeur, ont pris toutes sortes de sanctions contre Moscou pour affaiblir l’économie du pays. Désormais, l’Ukraine sera vraisemblablement finlandisée, la Crimée sera admise comme telle et les deux républiques du Donbass seront reconnues. Au bilan, les Russes auront gagné.

 

Une guerre déjà remportée ?

Poussés vers les Chinois, ils s’échapperont de l’impérialisme du dollar et entraîneront probablement avec eux des pays pesant économiquement. Ces pays émergents auront compris leur vulnérabilité lors de la neutralisation des fonds de la banque centrale russe. Les réserves russes en dollars sont tombées à moins de 50% et avec la Chine, la Russie achète massivement de l’or. Incidemment, remarquons que le groupe Wagner au Mali se fait rétribuer par l’octroi de concessions aurifères. Le monopole anglo-saxon dans la gestion monétaire et financière mondiale cessera, ce qui nuira largement à la puissance américaine. L’OTAN subira un échec, mais survivra car les États-Unis en ont besoin et certains pays européens y croiront encore ; mais jusqu’à quand ? Quant aux gouvernements des principales puissances européennes, peut-être réaliseront-ils les dangers que le suivisme américain leur fait courir.

Nous avons, notamment pu constater que le gaz russe était indispensable à l’Allemagne et à quelques autres, et que les échanges commerciaux avec la Russie étaient loin d’être négligeables. L’importance de la Russie, dans nos échanges est telle, qu’aucune ambassade « occidentale » à Moscou n’a été fermée ou l’ambassadeur rappelé. En Ukraine, si nous faisons abstraction des sites stratégiques détruits, le pays continue à vivre tant bien que mal. Les voitures circulent, les commerces fonctionnent, les gens vaquent à leurs occupations. Et la France dans cette affaire ? Nous avons bien vu que certaines entreprises rechignaient, à juste titre, à quitter la Russie et que le chef de l’État (d’autres auraient fait de même) continuait fort justement à parler avec M. Poutine. 

 

Vers un retour aux États-Nations

D’ores et déjà, il est évident que le retour aux États-Nations est devenu une nécessité. Observons, incidemment, le paradoxe de ces européistes actuellement au pouvoir, qui encouragent le renforcement du nationalisme ukrainien… La protection des entreprises et l’indépendance dans tous les domaines stratégiques, dont au premier chef dans les aspects strictement militaires, viennent de recevoir une seconde preuve de leur pertinence après les errements de la lutte contre le Covid-19. La France devra donc au plus vite se retirer du commandement militaire intégré de l’OTAN, organisme devenu incertain et dangereux, comme l’avait fait le général de Gaulle en 1966, et réfléchir aux modalités d’une possible coopération future avec l’Alliance Atlantique. Elle devra également récuser le système européen actuel dans sa dérive fédéraliste initiée avec le traité de Lisbonne et privilégier, dans un cadre général, de nations souveraines, des relations bi ou multilatérales avec des partenaires qui souhaiteront ces relations.
Et si cette crise était une chance pour la France ?

 


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