Des insurgés talibans se rendent aux forces de sécurité nationales afghanes en 2010. ©isafmedia

Afin d’apporter quelques éléments de compréhension au lecteur sur les dynamiques de l’écosystème djihadiste et sur les manières dont celui-ci perçoit l’arrivée au pouvoir des Taliban, Billet de France propose ici une traduction d’un article publié par Cole Bunzel, chercheur à l’université de Stanford, le 23 septembre 2020, sur le blog jihadica.com. Avec pour titre « Réactions des djihadistes à l’accord E.U-Taliban et aux pourparlers de paix en Afghanistan », l’article analyse les réactions de différentes organisations et théoriciens djihadistes à l’accord initial signé par les Taliban et les Etats-Unis en février 2020, ainsi qu’aux négociations de paix avec le gouvernement afghan lancées en septembre de la même année. Bien que la situation en Afghanistan ait changé depuis, les éléments présentés dans cet article restent d’actualité et apportent un éclairage précis sur la relation entre les Taliban et les grands pôles du monde djihadiste.

Par Cole Bunzel, traduction en français : Pierre de Basquiat

 

Le 12 septembre 2020, les Taliban et le gouvernement afghan commençaient des négociations au Qatar au sujet du futur politique de l’Afghanistan. Fidèles à l’ « Accord pour l’instauration de la paix en Afghanistan », signé par les Etats-Unis et les Taliban le 29 février 2020, les négociations sont censées permettre « un couvre-feu permanent et complet » entre les parties afghanes en guerre, ainsi qu’un « accord pour une future feuille de route politique pour l’Afghanistan ». En échange de la participation des Taliban aux négociations et aux garanties de leur part que « le sol afghan ne sera pas utilisé contre la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés », les Etats-Unis acceptent de retirer toutes leurs forces d’Afghanistan dans les quatorze mois suivant l’accord initial.

Dans le monde du djihadisme sunnite, l’accord entre les États-Unis et les Taliban ainsi que les pourparlers de paix associés ont suscité toute une série de réactions, allant de la célébration à la condamnation. Cette divergence de vues reflète le fractionnement du mouvement djihadiste, ou son caractère « tripolaire », divisé entre les trois pôles que sont l’État islamique, Al-Qaïda et Hay’at Tahrir al-Sham (HTS) en Syrie. Les opinions prudemment optimistes de certains théoriciens du djihad viennent ajouter une autre couche de complexité au tableau.

 

L’État islamique

L’État islamique, rappelons-le, considère les Taliban comme un mouvement qui a abandonné l’Islam pour embrasser la cause du nationalisme afghan. Ses médias présentent régulièrement les Taliban comme un groupe nationaliste et polythéiste, théologiquement imparfait, tolérant à l’égard des chiites et proche des services secrets pakistanais. La « province de Khorasan » de l’État islamique a d’ailleurs combattu les Taliban à de nombreuses reprises. Il n’est donc pas surprenant que l’État islamique ait présenté le récent accord et les négociations comme une preuve supplémentaire de l’apostasie des Taliban.

Une première réponse a été donnée sous la forme d’un éditorial paru dans le bulletin d’information al-Naba’ de l’État islamique à la mi-mars, dans lequel les Taliban étaient condamnés pour avoir pris les « croisés » (c’est-à-dire les Américains) comme leurs « nouveaux alliés ». L’éditorial se vantait que, contrairement aux Taliban, l’État islamique ne cesserait d’attaquer les Américains en Afghanistan, citant une récente attaque de l’État islamique contre la base aérienne de Bagram. Selon lui, il s’agissait d’un message informant les croisés que la guerre de l’État islamique contre eux se poursuivra, malgré l’accord de paix avec les Taliban « apostats », qui continueront également à être pris pour cible.

Dans un discours prononcé deux mois plus tard, en mai 2020, le porte-parole officiel de l’État islamique, Abu Hamza al-Qurashi, a commenté plus en détail l’accord américano-taliban, dénonçant une conspiration entre les deux parties pour détruire l’État islamique en Afghanistan. « L’accord concernant le retrait de l’armée américaine d’Afghanistan est la couverture d’une alliance permanente entre la milice apostate des Taliban et les croisés pour combattre l’État islamique, ainsi qu’une base pour établir un gouvernement national qui rassemble les Taliban apostats, les Rejetants polythéistes [c’est-à-dire les chiites] et d’autres sectes apostates et incroyantes. » a-t-il déclaré. Selon lui, l’accord devrait être compris à la lumière d’une prétendue alliance préexistante entre les États-Unis et les Taliban pour éradiquer le « califat » en Afghanistan. Ce que les Taliban rechercheraient, c’est un « gouvernement national » auquel ils pourraient participer. L’État islamique, cependant, s’opposerait à tout cela, résolu à combattre « les croisés et les apostats » jusqu’à ce qu’un véritable régime islamique soit établi dans tout le pays.

 

Al-Qaïda

Al-Qaïda a dépeint l’accord sous un jour totalement différent. Le 12 mars, la « direction générale » du groupe a publié une déclaration qualifiant l’accord entre les États-Unis et les Taliban de « grande victoire historique » pour ces derniers, en mettant l’accent sur le retrait prévu de toutes les forces américaines d’Afghanistan. Selon la déclaration, en restant inébranlables et fidèles à leur foi, les Taliban ont vaincu et fait tomber un ennemi de taille et de force bien supérieure, ce qui est une leçon à retenir pour tous les djihadistes qui luttent contre l’oppression et l’occupation.

Cette déclaration ne mentionnait toutefois pas l’engagement des Taliban à l’égard d’al-Qaïda [ndlr : contre la présence du groupe djihadiste en Afghanistan] ni les négociations prévues avec le gouvernement afghan. Al-Qaïda a réagi comme si tout cela n’avait pas d’importance. Comme par le passé, l’organisation a présenté les Taliban comme initiateurs du futur califat, c’est-à-dire comme « le noyau de l’État islamique qui régnera par la loi pure de Dieu ».

Depuis 2014, al-Qaïda a présenté à plusieurs reprises l’Émirat islamique d’Afghanistan – le nom officiel des Taliban – comme la base du califat annoncé et le chef des Taliban comme le calife en devenir. En juillet 2014, par exemple, l’organisation a publié un bulletin d’information renouvelant la bay’a (c’est-à-dire le serment d’allégeance) au mollah Omar [ndlr : le chef des Taliban à cette époque], affirmant « qu’al-Qaïda ainsi que toutes ses antennes sont des soldats de son armée agissant sous sa bannière victorieuse ». Quelques mois plus tard, lors de la création d’al-Qaïda dans le sous-continent islamique, son chef a souligné qu’il avait remis la bay’a à la fois à al-Zawahiri [ndlr : chef de al-Qaïda] et au mollah Omar. L’année suivante, lorsqu’on a découvert que le mollah Omar était en fait mort depuis 2013, al-Zawahiri a publié un message audio donnant la bay’a à son successeur, le mollah Akhtar Muhammad Mansur. L’exercice a été répété pour le chef taliban suivant, Haybat Allah Akhundzadah, après que le mollah Akhtar ait été tué dans une frappe aérienne, au cours de l’année 2016.

Dans ces deux déclarations, al-Zawahiri a indiqué que toute personne qui donne la bay’a au chef d’al-Qaïda la donne en fait au chef des Taliban, et que cette dernière doit être comprise comme la bay’a al-‘uzma, ou la « bay’a suprême », c’est-à-dire le type de bay’a que l’on donne à un calife [ndlr : le chef de l’oumma, la communauté de tous les musulmans]. En 2017, lorsqu’a été créé l’un des groupes subsidiaires d’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Jama’at Nusrat al-Islam al-Muslimin, son chef a prononcé trois bay’as – une pour le chef d’AQMI, une pour al-Zawahiri et une pour Akhundzadah. Dans ses discours, al-Zawahiri a continué à insister sur la bay’a d’al-Qaïda à Akhundzadah. Cette question a même joué un rôle dans le débat entre al-Qaïda et HTS, l’ancienne branche d’al-Qaïda en Syrie, concernant la décision de cette dernière de quitter al-Qaïda. Dans un discours prononcé en novembre 2017, al-Zawahiri a condamné la démarche de HTS, en disant : « Ô frères. Par la grâce et la faveur de Dieu, vous appartenez à une union plus grande que celle que vous connaissez. Vous êtes dans le groupe Qa’idat al-Jihad qui s’est engagé dans la bay’a envers l’Émirat islamique dans une confédération djihadiste expansive. » Un argument qui n’a cependant pas suffi à convaincre. Dans une réponse, le représentant de HTS a rejeté l’idée que le groupe syrien ait été un jour loyal envers les Taliban.

Comme le montre tout ceci, pour al-Qaïda, sa relation avec les Taliban est d’une importance capitale. Selon l’image qu’elle se donne d’elle-même, al-Qaïda ne serait guère plus qu’une unité militaire mondiale au service d’Akhundzadah [ndlr : l’actuel chef des Taliban], qu’elle considère comme son quasi-calife. Ce serait donc un coup très dur pour al-Qaïda, en termes matériels et de propagande, si les Taliban devaient couper tous leurs liens avec lui. Ce n’est pas ce qu’exige le texte de l’accord entre les États-Unis et les Taliban, mais il s’en rapproche. L’accord stipule que les Taliban « empêcheront tout groupe ou individu en Afghanistan de menacer la sécurité des États-Unis et de leurs alliés, les empêcheront de recruter, de former et de collecter des fonds et ne les accueilleront pas conformément aux engagements pris dans le cadre de cet accord. » Cependant, menacer les États-Unis et leurs alliés est la raison d’être d’al-Qaïda, et les Taliban sont censés être leurs « hôtes suprêmes ». Si les Taliban devaient honorer cet engagement – et ils ont dit à plusieurs reprises qu’ils le feront – ce serait embarrassant pour al-Qaïda.

 

Hay’at Tahrir al-Sham

Le 13 septembre, le chef du comité de la charia de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), Abu ‘Abdallah al-Shami (alias ‘Abd al-Rahim ‘Atun), a publié une déclaration félicitant les Taliban pour le début des négociations avec le gouvernement afghan. « Cette grande victoire que les musulmans d’Afghanistan ont remportée nous réjouit comme elle réjouit tout musulman libre et passionné. » lit-on dans la déclaration. La clé du succès des Taliban, selon al-Shami, outre leur extraordinaire persévérance à résister aux occupants américains, a été leur capacité à traduire les succès militaires en gains politiques, en maintenant un front uni. Ces propos d’al-Shami laissent entendre que la stratégie des Taliban est un modèle pour HTS. Récemment, les factions djihadistes les plus dures de Syrie ont reproché à HTS de chercher à obtenir le monopole de la violence sur le territoire qu’il contrôle. Une telle approche, semble dire al-Shami, est justifiée par l’expérience des Taliban.

D’autres voix au sein de HTS ont fait des commentaires similaires, certains d’entre eux présentant encore plus explicitement les Taliban comme un modèle à suivre pour leur organisation. Le 14 septembre, un autre responsable de la charia au sein de HTS, Muzhir al-Ways, a déclaré que « l’exemple des Taliban » est « une source d’inspiration pour tous », ces derniers étant « un modèle de djihad et d’activité politique, un modèle de méthodologie, d’approche et de respect des connaissances religieuses et de la jurisprudence ». Bien que « chaque théâtre ait ses particularités », a-t-il ajouté, « et qu’aucun exemple ne doive être imité dans son intégralité, le cas des Taliban offre des leçons dignes d’intérêt ».

Les partisans d’al-Qaïda n’ont pas tardé à répondre que HTS et les Taliban n’avaient en réalité rien en commun. « L’assimilation des Taliban à [HTS] n’est absolument pas valable », a écrit Jallad al-Murji’a sur Telegram. Dans un autre message, il étaye son affirmation en citant l’exemple de la coopération de HTS avec « l’armée turque laïque […] qui a participé à la guerre contre les musulmans en Afghanistan sous la bannière de l’Amérique et de l’alliance croisée de l’OTAN ». Un autre partisan d’al-Qaïda souligne que HTS, dans sa coopération avec la Turquie et la Russie, a été victime du « jeu de la politique internationale. Ce qui est tout à fait contraire à l’expérience réussie des Taliban ». « Ne vous laissez pas tromper par ce que vous avez fait et ne vous enorgueillissez pas de vos victoires, dont nous n’avons vu que destruction et dévastation » écrit-il. « Comme est grande la différence entre s’humilier devant les infidèles et humilier les infidèles. » écrit un autre.

En réponse à ces commentaires, al-Ifriqi al-Muhajir, un partisan de HTS, s’est insurgé contre ceux qui qualifient la politique des Taliban comme étant celle d’un djihadisme sans compromis. Selon lui, « il y a des éléments de la politique des Taliban que ces voix n’ont pas compris, les Taliban n’étant même pas francs quant à leur relation avec Al-Qaïda ». Il a cité un extrait d’une lettre de l’idéologue d’al-Qaïda ‘Atiyyat Allah al-Libi (mort en 2011), qui a écrit la chose suivante sur la nature des relations des Taliban avec al-Qaïda : « Bien sûr, la politique des Taliban est d’éviter d’être vus avec nous ou de révéler toute coopération ou tout accord entre eux et nous. C’est dans le but d’éviter toute pression internationale et régionale et par égard pour la dynamique régionale. Nous nous en remettons à eux à cet égard. »

 

Réactions des théoriciens

Les principaux érudits du mouvement djihadiste, dont les Palestiniens-Jordaniens Abu Muhammad al-Maqdisi et Abu Qatada al-Filastini, ont exprimé à la fois des louanges et des inquiétudes quant aux récentes réalisations des Taliban. Bien que profondément divisés sur la question de HTS – auquel Abu Qatada est globalement favorable, al-Maqdisi farouchement opposé – les points de vue des deux hommes sur le présent sujet ne sont pas si éloignés.

En février dernier, Abu Qatada a félicité les Taliban pour avoir signé l’accord avec les États-Unis. Dans une déclaration sur Telegram, il a écrit que « la situation afghane [est] un modèle important » et qu’elle « mérite d’être étudiée ». Tout en rejetant l’idée que chaque groupe djihadiste devrait suivre la voie des Taliban « étape par étape », il a souligné plusieurs aspects « admirables » de l’approche des Taliban. Parmi lesquels figure l’engagement des Taliban à « tenir un cap » sur le champ de bataille, leur lien étroit avec la société dans laquelle ils évoluent et le fait qu’ils soient un mouvement érudit. Le 13 septembre, Abu Qatada a poursuivi cette idée dans une autre déclaration, saluant le succès des Taliban après qu’ils aient obtenu la libération de milliers de prisonniers. « C’est une victoire djihadiste comme on n’en a jamais vu dans notre histoire moderne », a-t-il écrit.

Toutefois, en ce qui concerne les négociations entre les Taliban et le gouvernement afghan, il était beaucoup moins enthousiaste. « Le fait que les Taliban acceptent de s’asseoir avec le gouvernement [afghan] est une victoire américaine », écrit-il dans le commentaire du 13 septembre. « Il faut le reconnaître ». Pour Abu Qatada, il s’agit d’une évolution potentiellement inquiétante, car toute concession au gouvernement afghan à partir de maintenant priverait les Taliban de leur statut d’ « émirat légitime pour l’Afghanistan ». Le pire résultat possible, selon lui, serait que les Taliban concluent un accord de partage du pouvoir. Il a toutefois jugé cette possibilité lointaine, espérant que les négociations ne se poursuivraient que comme une « tactique » pour obtenir le retrait américain.

Al-Maqdisi s’est également félicité de l’accord initial des Taliban avec les États-Unis. Fin février, il a écrit que seule la « volonté de combattre » des Taliban avait contraint les États-Unis à négocier avec eux, et que c’était une « leçon claire » pour les djihadistes. Selon lui, cela montre que « la solution n’est pas dans la démocratie et les urnes ! Elle est plutôt dans le djihad et les caisses de munitions ».

Le lendemain, le 1er mars, al-Maqdisi a publié une « lettre ouverte aux Taliban », plus critique et plus prudente. Dans cette lettre, il s’oppose à la nature illimitée de l’accord conclu par les Taliban avec les États-Unis, y compris la clause concernant al-Qaïda, en faisant valoir qu’un pacte de non-agression avec des infidèles ne devrait pas durer plus de dix ans, conformément à la tradition prophétique. Il ne s’agit, selon lui, que d’une « transgression jurisprudentielle ». Les Taliban ont certainement le droit de restreindre al-Qaïda, a-t-il ajouté, d’autant plus que le mollah Omar n’a jamais donné sa bénédiction aux attentats du 11 septembre. Mais si l’« accord de paix » avec les États-Unis devait conduire à l’abrogation du djihad, cela dénoterait un problème plus profond, plus théologique, concernant les Taliban. Al-Maqdisi reproche également aux Taliban d’avoir remercié le Qatar, le Pakistan et la Chine, entre autres, dans une déclaration publiée par leur chef lors de la signature de l’accord. « De telles expressions de gratitude envers des États dont les dirigeants sont en guerre contre l’Islam laissent planer le doute sur d’éventuels changements dans la méthodologie [ndlr : religieuse] des Taliban » écrit-il.

Selon lui, la clause de l’accord qui stipule que les États-Unis et les Taliban « cherchent à établir des relations positives entre eux et s’attendent à ce que les relations entre les États-Unis et le nouveau gouvernement islamique afghan après la réinstallation […] soient positives » est particulièrement troublante. « Peut-être que tout cela n’est rien de plus que des manœuvres et des étapes politiques pour atteindre des intérêts importants. » spécule-t-il. Mais comme Abu Qatada, il s’inquiète de ce qui se passera une fois que les Taliban et le « gouvernement afghan client » se seront assis pour négocier. Plus récemment, après le début des négociations en septembre, al-Maqdisi a réitéré ses inquiétudes. « Ce qui m’inquiète ce n’est pas le fait de s’asseoir [à la table des négociations] en soi, mais plutôt les résultats de cette assise ! » a-t-il écrit sur Telegram le 12 septembre. Il attend cependant que les résultats soient clairs et documentés pour porter un jugement.

Un autre spécialiste du djihad, l’Égyptien Hani al-Siba’i, installé à Londres et proche d’al-Maqdisi sur le plan idéologique, s’est montré un peu plus optimiste dans sa réaction aux récentes actions des Taliban. Il a également apporté un point de vue légèrement différent sur l’engagement des Taliban concernant al-Qaïda. Dans une prêche prononcée en mars, al-Siba’i a souligné que « les Taliban, et c’est tout à leur honneur, ne se sont pas dissociés d’al-Qaïda et ne les ont pas livrés [aux Américains] ». L’engagement des Taliban dans l’accord ne serait en réalité pas nouveau, puisque les Taliban interdisaient déjà à al-Qaïda de lancer des attaques contre les Etats-Unis depuis le sol afghan.

Dans un sermon plus récent, à la mi-septembre, al-Siba’i a ajouté quelques commentaires sur la question de la bay’a d’al-Qaïda au chef des Taliban. « La bay’a est conditionnelle » a-t-il expliqué. Lorsque al-Zawahiri a donné la bay’a à Akhundzadah, il a stipulé certaines conditions, notamment que les Taliban adhèrent à la charia. Par conséquent, si les Taliban devaient s’écarter de leur voie actuelle, al-Qaïda serait en droit de retirer la bay’a. Pour al-Siba’i, cependant, il s’agissait du pire des scénarios, et d’un scénario lointain. « Attendons et voyons ce qui se passe. Car pour l’instant, les Taliban n’ont rien concédé » a-t-il suggéré.

 

Une absence de consensus, un avenir incertain

Si une chose est claire dans cet assortiment de points de vue concernant l’accord des Taliban avec les États-Unis et leurs négociations avec le gouvernement afghan, c’est qu’il n’y a guère de consensus dans le monde djihadiste sur la nature réelle des Taliban. Pour l’État islamique, les Taliban sont un mouvement impie prêt à renoncer au djihad et à partager le pouvoir avec le gouvernement afghan. Pour al-Qaïda, c’est le futur califat islamique. Et pour HTS, c’est un modèle de realpolitik djihadiste. Pour leur part, les théoriciens, qui se méfient de l’issue des négociations, témoignent d’une profonde incertitude quant à l’avenir des Taliban. Leur pire crainte est que les Taliban fassent la paix avec le gouvernement afghan et perdent leur caractère d’« émirat islamique d’Afghanistan ». Leur plus grand espoir est que les négociations s’avèrent être une ruse pour gagner du temps. Ils ne sont toutefois pas optimistes au point de considérer ce résultat comme acquis.

Article accessible ici

 


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