La question palestinienne est toujours sujet de discorde pour les Etats membres de l'Union européenne. ©Hosny Salah / Pixabay

Le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël remet en lumière le manque de cohérence de l’Union européenne sur la question palestinienne. Et si la France jouait un rôle plus important au Levant ?

 

Le vendredi 21 mai, l’Union Européenne (UE) a salué la décision du cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas sous la médiation de l’Égypte. La présidente de la Commission de l’Union européenne, Ursula Von Leyer, a exprimé sur son compte Twitter l’urgence à « renforcer le cessez-le-feu et à parvenir à une stabilité à long terme » en ajoutant que « seule une solution politique peut apporter la paix et la sécurité pour tous ». De la même manière, le Haut Représentant de l’Union européenne pour les relations extérieures et la politique de sécurité, Josep Borrell, a également salué l’accord qui a mis fin aux violences. Selon les sources officielles, le conflit a fait 232 morts (dont 65 enfants) et 1 900 blessés du côté palestiniens et 12 morts et 355 blessés du côté israélien.

 

La pomme de la discorde au sein de l’Union

Parmi les 27 pays membres, certains pays comme la Belgique, l’Irlande, la Suède et le Luxembourg ont une politique relativement critique vis-à-vis d’Israël. Les pays d’Europe de l’Est, en particulier la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, au contraire, font partie de ceux qui soutiennent le plus Israël. Pour autant, ces derniers jours, le drapeau de l’État hébreu a flotté en bonne place au-dessus du siège du plus grand parti au pouvoir allemand et des bâtiments officiels en Autriche et en République tchèque en soutien à Israël. En Europe du sud, la Grèce et Chypre se sont rapprochées d’Israël ces dernières années, en partie à cause des tensions avec la Turquie.

La question israélo-palestinienne crée tourmente et division auprès des pays membres de l’UE. Un exemple récent de cette désunion est la déclaration de l’ambassadeur de l’Union européenne aux Nations-Unies, Olof Skoog, le dimanche 22 mai dernier, dans laquelle il « condamnait la violence mais (se) gardait de s’exprimer au nom des États membres”. Une déclaration rejetée par la Hongrie, fervente alliée d’Israël. Comme l’a énoncé Jean-Pierre Strootbants dans le journal Le Monde : « La diplomatie des Vingt-Sept joue en permanence les équilibristes et craint toujours d’envenimer la situation ».

D’une part, Israël réclame un soutien plus fort et sans équivoque de Bruxelles en tant que compatriote de la démocratie, et la condamnation du Hamas. D’autre part, les Palestiniens accusent l’UE de fermer les yeux sur les violations du droit international, sur les décennies d’occupation territoriale illégale et de violations des droits internationaux.

 

Un espoir français ?

De son côté, l’Elysée a annoncé que la France «condamnait fermement les tirs de roquettes revendiqués par le Hamas et d’autres groupes terroristes visant le territoire israélien». Les déclarations ont été plus vagues lorsque celles-ci faisaient références aux bombardements israéliens. Toutefois, le président Emmanuel Macron a présenté ses condoléances pour « les nombreuses pertes civiles palestiniennes résultant des opérations militaires et des affrontements en cours avec Israël ». Le chef de l’État a également réitéré son « attachement indéfectible à la sécurité d’Israël et à son droit de se défendre conformément au droit international », mais n’a pas réitéré son soutien aux droits des Palestiniens.

Cependant, de nombreux diplomates, fonctionnaires et experts ont souligné que la France avait un rôle important à jouer dans cette région du monde. L’entretien entre le président français et son homologue égyptien Abdel Fattah el-Sissi à Paris le 17 mai dernier en est un parfait exemple. Le fait que la France, après le Brexit, soit désormais le seul membre permanent de l’UE au Conseil de sécurité des Nations Unies peut être un levier d’influence. La France n’a pas de relations diplomatiques avec le Hamas et soutient la médiation égyptienne dans ce conflit. Mais aucun calendrier pour la fin des hostilités n’a émergé. Les deux présidents réunis « ont convenu de continuer à se coordonner pour favoriser un cessez-le-feu rapide ». Cette dynamique a pu se traduire par un entretien entre le président Macron et le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, bien que ce dernier n’ait aucun pouvoir de pression sur le Hamas ou Jérusalem Est.

Néanmoins, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est engagé dans une diplomatie intense, discutant de la situation avec ses homologues américains, israéliens, palestiniens, jordaniens et égyptiens. Dans un communiqué du 10 mai, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré que « La France est vivement préoccupée par les menaces d’expulsions forcées visant des habitants du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, qui font partie de la politique de colonisation illégale au regard du droit international. ». Il a réitéré « l’attachement de la France à la préservation du statu quo historique dans l’enceinte de la mosquée Al Aqsa ». Un bloc entraînant l’autre, le ministre des Affaires étrangères a mis en garde l’État Israélien dimanche 23 mai contre « un risque d’apartheid » entre populations juive et arabe.

 

Affaire à suivre au-dessus d’une ruche diplomatique

Au-delà de l’influence de la politique extérieure de l’Union européenne, la question de la paix durable se pose. Un état binational serait-il vraiment possible ? Cette perspective serait fondée sur une approche basée sur le respect des droits des deux peuples et la lutte contre l’impunité, des deux côtés. En ce sens, la fondation américaine Carnegie, via un rapport publié en avril, préconise une évolution similaire. Selon cette dernière, la seule manière de briser le statu quo serait de « réaffirmer et sauvegarder les droits des Israéliens à la paix et à la sécurité, en accordant la même attention aux droits des Palestiniens ».

Face aux ingérences turques et iraniennes dans le conflit, il serait alors bon d’aborder une position plus forte. De par son histoire, la France devrait être à l’avant-garde de l’UE dans cette région.

 


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